Alors que le pouvoir et l’opposition attendent de l’ONU un médiateur pour les aider à poursuivre le processus électoral bloqué en raison de divergences très profondes, Alpha Condé a décidé, par un décret, de convoquer le corps électoral le 30 juin 2013. 

Cette date est différente de celle de la CENI qui avait fixé les législatives au 12 mai 2013, date devenue irréalisable en raison entre autres, de l’article 160 du Code électoral. Cette disposition prévoit que le Président convoque le corps électoral 70 jours au moins avant la date des élections. 

Cette décision présidentielle intervenue au moment où Saïd Djinnit serait pressenti comme le Médiateur de la crise guinéenne, risque de représenter une nouvelle pomme de discorde comme le montre la réaction des principaux partis de l’opposition guinéenne : Union des Forces Démocratique de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, l’Union des Forces Républicaines (UFR) de Sidya Touré, le Parti de l’Espoir pour le Développement national ( PEDN) de Lansana Kouyaté.

Les divergences actuelles entre le pouvoir et l’opposition portent sur l’organisation des élections législatives. L’opposition conteste la société sud- africaine, Waymark et la société nationale guinéenne prestataire, Sabary technologie chargées de la gestion du fichier électoral, choisies dans des conditions qu’elle juge opaques et demande leur retrait. Les audits faits par le PNUD et l’OIF pointant les insuffisances de ces deux opérateurs la confortent dans cette position. 

L’annonce faite par le porte-parole du gouvernement Damatang Camara, des décisions prises par la CENI lors de sa plénière du 29 mars 2013 portant sur des réajustements qu’elle va apporter pour corriger les défaillances des deux opérateurs, est une autre erreur de communication qui peut amener à s’interroger sur l’indépendance de la CENI. Pourquoi ce n’est pas l’Institution, qui est indépendante, qui annonce ses propres décisions ?
En effet, le porte-parole du gouvernement a annoncé en lieu et place de la CENI, la mise en place avec ses partenaires techniques et financiers, des mesures de contrôle qui permettraient à des tiers de suivre le processus d’enrôlement des électeurs. Ces mesures comprennent l’installation d’un logiciel de monitoring au niveau du site central.
Elles répondent aux solutions qu’avait préconisées Alex GYSEL, un consultant indépendant dans un document intitulé « Expertise Union européenne » en date du samedi 23 février 2013, qui estimait que le système de la SAGEM comportait des anomalies pour les électeurs de 18 ans. Cet expert considère que les imperfections de la Waymark peuvent être corrigées par une amélioration technique et que l’essentiel des électeurs ne se trouvent pas chez l’opérateur mais au niveau des Commissions administratives de révision des listes électorales (CARLE). Pour lui, il n’y a pas plus de raison technique pour retarder le début de la révision une fois le logiciel de monitoring installé.

Les crispations sur les opérateurs de saisie du fichier électoral occultent d’autres questions d’ordre technique. L’article 64 de la Constitution dispose qu’une loi organique fixe le nombre des députés et le montant de leur indemnité. Cette loi n’a pas encore été adoptée par le CNT, le Parlement de transition, pour le fonctionnement duquel, la loi organique du 23 décembre 1991  qui fixe le nombre de députés à 114 avait été écartée. C’est un décret du Président de la Transition, Sekouba Konaté, qui a créé le CNT et ce dernier a adopté son règlement intérieur qui fixe l’indemnité de ses membres, en avril 2010. Pour les prochaines législatives, la classe politique fait référence au nombre de 114 députés, ce qui renvoie à cette ancienne loi.

Sur un autre point de divergence, à savoir le vote des Guinéens de l’étranger, si la classe politique arrive à s’entendre, elle devra définir les modalités de leurs votes. L’article 60 de la Constitution et 128 et 129 du Code électoral prévoient qu’un tiers des députés est élu au scrutin uninominal  et deux tiers au scrutin de liste nationale à la représentation proportionnelle avec attribution des sièges non pourvus au plus fort reste. Suivant l’article 63 du Code électoral, les préfectures et les communes de Conakry constituent les circonscriptions électorales pour l’élection des députés au scrutin uninominal et le territoire national pour l’élection des députés au scrutin de liste à la proportionnelles. Il faudra déterminer si les consulats seront ajoutés comme circonscriptions électorales et quel nombre de députés serait élu par les Guinéens de l’étranger ?  
L’article 8 du Code électoral dispose qu’il est établi une liste électorale pour chaque Représentation diplomatique et consulaire. Le fichier consulaire est tenu par le Ministère en charge des Guinéens de l’extérieur, qui la met à la disposition de la CENI. Lors de recensement en 2010, la CENI avait établi 18 Commissions électorales d’ambassades indépendantes (CEAMI). 17 pays avaient été retenus pour le vote des Guinéens résidents à l’étranger.

Des conseils des collectivités territoriales dissouts en 2011 par le gouvernement n’ont jamais été rétablis alors qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune condamnation pénale. Or, les élus locaux interviennent dans le processus de recensement à travers les démembrements de la CENI (art 16 ; 19, 22, et suiv. du code électoral.) En effet en mars 2011, le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, Alassane Condé avait dissout les conseils communaux de trois des cinq communes de Conakry pour les remplacer par des délégations spéciales. Le 24 mai 2011 Président Alpha Condé a destitué onze Conseils de Communes Urbaines et neuf conseils de Communauté Rurale de Développement (CRD) pour les remplacer par des délégations spéciales. Les conseillers remplacés appartenaient principalement à l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré. Ces destitutions contreviennent aux articles 80 et 100 du Code des Collectivités locales, qui conditionnent la destitution de ces élus à leur condamnation pour crimes ou délits. Le Ministre Alhassane Condé a, à de nouveau, démis à la mi-mars 2013, la délégation spéciale qu’il avait installée en mars à Dixinn (Conakry) pour faute lourde, sans préciser la faute.  

Le processus politique va –il connaître un déblocage qui permettra l’organisation des élections législatives transparentes et justes dans la sérénité ?

Hassatou Baldé








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